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Actualités des droits de l'enfant

France : après Nice, comment parler aux enfants ?

C’est le « Midi libre » qui a recueilli les propos du célèbre pédopsychiatre marseillais Marcel Rufo. Il prône une parole sans tabou auprès des enfants et met en garde contre les écrans, surtout ceux des réseaux sociaux.

Je vous livre donc ici l’intégralité de son interview, qui sera utile pour tous les parents éducateurs :

« Trente enfants ont été hospitalisés à Nice. Des blessures physiques et psychologiques. Que va-t-il se passer quand ils vont rentrer chez eux ?

Les enfants qui ont été blessés, en rentrant chez eux, vont se sentir miraculés. Ils auront le sentiment d'une incroyable chance d'avoir évité ce monstre de fer qui voulait les tuer. Dans un premier temps, cela va être une sorte de grande joie. Certains auront évidemment de grandes séquelles physiques et, selon les lésions, les évolutions vont se différencier. Il y a une part organique des traumatismes qui, bien sûr, va déterminer l'évolution. Un enfant amputé, cela va nécessairement poser des problèmes terribles sur son devenir.

Et dans un second temps, pour ceux qui se seront sentis miraculés ?

Le problème, c'est comment les séquelles psychologiques vont s'organiser chez ces enfants. Il y a deux principes. D'abord, la surveillance exercée par les parents et des professionnels. Tout traumatisme mérite un suivi, et celui-là en particulier à cause de l'ampleur de l'émotion, que l'on ressent tous d'ailleurs. Le deuxième point, c'est que les parents doivent aussi comprendre, en dehors de ce fait abominable, que certains enfants étaient déjà fragiles auparavant : il faut vérifier que cette fragilité n'entraîne pas d'énormes décompensations psychologiques. Il y a des signes. Un enfant peu devenir agressif, se désintéresser de ce qui l'intéressait avant, avoir des attitudes régressives. Il aura tout à coup des troubles du sommeil. Par ailleurs, les parents doivent aussi reprendre une attitude éducative parce que, parfois, on n'a pas envie de les sanctionner, de les frustrer, après un tel vécu...

Beaucoup d'autres enfants ont été des témoins directs...

Il faut écouter ce qu'ils disent, les faire parler, raconter. Peut-être via des groupes de paroles. La cellule psychologique installée à Nice va mettre tout cela en place.

Dans les familles, partout en France, cela interroge à nouveau les parents. Y a-t-il des différences d'appréhension par rapport aux précédents attentats ?

C'est différent parce que c'est répétitif. La promenade avec les parents, le feu d'artifice, cela touche un symbole incroyable. Un moment tout à la fois d'intimité et de transgression. Les étoiles, la mer, la nuit, le feu d'artifice... Il a fallu passer du ciel à cet abominable camion. Les différents attentats se complètent dans l'horreur : ils sont une attaque de notre mode de vie, de tous les symboles de notre société.

Les enfants ressentent tout cela évidemment...

Oui et ils me l'ont dit. Les enfants regardent les adultes. Tenez, quand les hommes politiques disent aujourd'hui : on aurait dû ceci, on aurait dû cela... Les enfants perdent confiance. Les enfants sont traumatisés par un discours contradictoire. Ils me disent : si les adultes ne sont pas d'accord entre eux, on n'est pas protégés.

Les parents doivent-ils occulter certaines choses de ces attentats vis-à-vis des enfants ?

Il peut y avoir des attaques encore plus horribles... Les enfants observent nos comportements. La meilleure des attitudes, c'est d'être adulte. Il faut emmagasiner sa peur et écouter les peurs des enfants. Les nôtres doivent passer au second plan. Il ne faut pas donner de détails. Il faut faire très attention aux réseaux sociaux où seront postées des horreurs et nous, les adultes, ne devons pas avoir les pulsions morbides d'aller voir. Et il faut le leur dire : je ne veux pas voir cela. Il vaut mieux parler que de voir. Pas d'images, des mots. Les images sont traumatiques, elles peuvent générer des traumatismes ultérieurs.

Mais comment contrôler les adolescents ?

Les adolescents, c'est cuit, ils vont sur les réseaux sociaux. Mais aux ados, et surtout à eux, il faut dire : tu ne devrais pas regarder ça.

Et que dire à un enfant qui a l'impression que le danger se rapproche ?

Il faut lui dire que la France c'est la province aussi. Lui dire clairement que la France est attaquée. Lui dire la vérité. Si on n'est pas angoissé en lui répondant, on ne l'angoisse pas. Mais si on lui dit que tout ça, c'est encore loin de sa maison, c'est que l'on a la trouille. L'enfant examine d'abord votre peur. Et si on occulte les choses, ça l'affole. »

(Source : Midi Libre - Dessin : Cabu)

Published by Jean-Charles Champagnat Jean-Charles Champagnat - - Attentats, Nice

commentaires

audrey 18/07/2016 20:54

Aux enfants, il faut arrêter de leur raconter des contes de fées, des histoires de nounours et de bougies et de marches blanches. Il faut leur dire la brutalité et l'inhumanité de ceux qui veulent nous écraser, et leur parler le langage du courage, de la force, et de la survie parce que c'est cela qui est en jeu. Les enfants, à leur niveau, doivent participer activement à la résistance et au combat

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